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Portrait
:"Moi, Michèle, 25 ans, réparatrice
de bulldozers"
La grosse mécanique, ça lui connaît.
Aînée d'une famille de quatre enfants
- trois filles et un garçon -, Michèle
Marquet, 25 ans, célibataire, n'a, pourtant,
pas le physique de l'emploi. De faible corpulence,
elle parait, en effet, toute frêle par rapport
aux véritables monstres en acier "made
in USA" qu'elle aide à dépanner.
Tout lui prédestinait à une carrière
sans histoires de col blanc. Diplôme de
HSC - filière scientifique - en poche après
un bon parcours secondaire à la Sharma
Jugdambi State Secondary School de Goodlands,
elle annonce à ses parents qu'elle souhaite
faire de la mécanique son gagne-pain. Pour
ces derniers, c'est l'étonnement. Son père,
Josian, est bien artisan mécanicien à
la sucrerie de Mon Loisir. Mais quelle est donc
cette idée folle pour une jeune fille,
de surcroît, "éduquée" de
vouloir être mécano ? En marge de
la Journée Internationale de la Femme célébrée
hier, samedi 8 mars, l'histoire d'une passion
En dépit de l'opposition parentale, Michèle
ne désarme pas. Devant l'insistance de
la fille, le père accepte finalement, contre
son gré, de contacter un petit garagiste
de Goodlands où habite la famille pour
un stage d'apprentissage d'un mois. Il se dit
qu'il ne s'agit, là, sûrement, que
d'un caprice de jeunesse appelé à
s'atténuer rapidement quand la demoiselle
aura appris d'elle-même la dureté
et l'ingratitude de ce" métier d'hommes".
Les jours s'écoulent rapidement. Les quatre
semaines d'apprentissage à ce petit garage
d'automobile auront vite fait d'inoculer en la
jeune Michèle les germes de l'amour de
la mécanique.
Mi-1999 : la jeune femme a 21 ans. Ses parents
arrivent à la convaincre de postuler pour
un emploi de caissière chez Mammouth. Elle
accepte et obtient le poste. L'ambiance y est
tout autre : magasin climatisé; cadre de
travail autrement plus propre
Mais, à
vrai dire, Michèle ne s'y plaît pas.
Le ronronnement des moteurs, l'odeur particulière
des lubrifiants, le cliquetis des marteaux et
autres outils de travail des mécaniciens
: tout cela lui manque. En tout et pour tout,
Michèle ne fera, ainsi, que quelque dix-huit
mois dans le commerce.
Son jeune frère qui est inscrit à
un cours technique en climatisation au Professor
Uppaddiya IVTB Training Centre de Goodlands lui
parle d'une formation en "Tractor and Heavy Vehicle
Mechanic" dispensée à ce centre.
Il s'agit d'un cours d'un an sanctionné
par un National Training Certificate (NTC) de
Niveau III. Elle s'y intéresse et troque
son uniforme de chez Mammouth pour un "overall"
d'apprenti mécano. Il faut dire qu'à
sa sortie de collège Michèle avait
tant aimé s'inscrire à une université
étrangère - préférablement
française - pour des études en génie
mécanique. Malheureusement pour elle, ses
parents n'en avaient pas les moyens. Qu'à
cela ne tienne, elle se contentera de la formation
technique dispensée par ce centre de l'Industrial
and Vocational Training Board (IVTB).
Surtout intéressée par le côté
pratique de cette formation, elle sera même
envoyée en stage d'entreprise de deux semaines
chez Scomat, société spécialisée
dans la commercialisation, l'entretien et la réparation
de matériel agricole et de travaux publics.
C'est ainsi qu'elle fera de plus amples connaissances
avec bulldozers, pelleteuses, moissonneuses, compacteuses,
niveleuses, chargeurs, tracteurs et autres gros
engins de la prestigieuse marque américaine
Caterpillar dont Scomat est la représentante
exclusive. Au terme de ses douze mois de cours
et après avoir été reçue
aux examens donnant droit au NTC III, Michèle
fait une demande d'embauche chez Scomat. M. Nicolas
de Chasteauneuf, responsable du Département
Services de cette entreprise affiliée au
groupe Ireland Blyth Ltd (IBL) raconte : "J'ai
trouvé cela extraordinaire de la part d'une
jeune fille d'oser postuler pour un emploi dans
la grosse mécanique. On l'a embauché
tout de suite. Pendant un an, Michèle a
travaillé avec notre équipe de mécaniciens
dans des conditions, il faut le dire, particulièrement
difficiles. Elle s'est brillamment attelée
à aider au dépannage de grosses
machines au champ; à serrer des boulons
de 40/45 mm. Il s'agit, là, d'un travail
éprouvant, surtout pour une fille. Depuis
décembre dernier, elle donne un coup de
main au store. Nous comptons, ainsi, lui demander
de faire le tour des différents services
en vue d'une formation complète. Elle saura,
à la fin, faire son choix définitif.
Nous sommes très fiers de la compter parmi
nos employés".
Véritable femme d'action, Michèle
avoue s'ennuyer un peu au store à ne s'occuper
que de la livraison et du contrôle des boîtes
à outils et autres équipements.
Elle dit attendre avec impatience un remplaçant
en vue de pouvoir retourner sur le terrain et
remettre la main à la pâte. D'autre
part, même si, dit-elle, son père
a fini par se faire à l'idée de
la voir dans son overall, sa mère n'arrive,
elle, toujours pas à se réconcilier
avec le choix de carrière de sa fille.
Pour Michèle, cela s'expliquerait par le
fait que les préjugés demeurent
tenaces par rapport aux métiers manuels.
"Quand
on parle aujourd'hui du travail du mécanicien,
on a encore à l'esprit la vieille image
d'un homme crasseux allongé sous un véhicule
garé sous un multipliant. On ne réalise
pas que de nos jours, le mécano doit être
Computer Literate car les équipements qui
nous arrivent sont, de plus en plus, sophistiqués.
Ce qui fait que, de nos jours, dans les métiers
de la mécanique, la tête a, de plus
en plus, autant d'importance que les muscles"
dit-elle. Elle qui ne perd pas espoir de devenir,
un jour, ingénieur mécanique ambitionne
de diriger un garage. En ces temps de célébration
de la Journée Internationale de la Femme,
c'est tout le bien que l'on peut lui souhaiter
(Source:
Le Mauricien) |